25/03/2013
The Global Social Venture Competition (GSVC), ou l’opportunité donnée aux jeunes générations de réaliser un social business.
La finale francophone de la GSVC 2013, ce jeudi 21 février, a permis aux 10 projets sélectionnés – sur 139 candidatures –de présenter leurs objectifs et leurs « social business » modèles. La GSVC est une compétition internationale de Business Plans Sociaux, lancée par l’université de Berkeley. Elle est relayée depuis 5 ans par l’ESSEC et son Institut de l’innovation et de l’entreprenariat social sur toute la zone francophone. Ces 10 projets finalistes se sont démarqués de par leur provenance variée ; de la banlieue française d’Asnières au Liban, en passant par le Maroc ou le Burkina Faso, mais aussi de par leurs objectifs divers : l’insertion sociale, la réutilisation de matériaux usés en faveur de la protection de l’environnement, la lutte contre la malnutrition, la gestion des eaux usées, etc.
Les deux finalistes, car il en faut, ont été sélectionnés par un jury de 10 membres dans le but d’être ensuite préparés à la finale qui aura lieu le 10 avril 2013 à Berkeley, dernière étape de cette compétition où 16 social business du monde entier se départageront. Les critères de sélection ont été les suivants : viabilité économique, impact social et environnemental, ambition de développement/réplicabilité et faisabilité/opérationnalité.
Nafa Naana et Faso Soap, les deux finalistes francophones, ont pour ambition de se développer au Burkina Faso. Nafa Naana concentre son objectif sur la mise à disposition des ménages les plus pauvres des équipements d’accès à l’énergie, tels des réchauds à gaz et des lampes solaires, grâce à un réseau de micro-franchises. Faso Soap a pour but de produire et commercialiser un savon anti-moustiques à base de beurre de karité et enrichi aux huiles essentielles de citronnelle, afin de protéger ses utilisateurs du paludisme. Une mention spéciale pour le projet Pacha Mamas – entreprise sociale dans le secteur de la restauration rapide qui vise à l’insertion sociale de femmes issues de l’immigration grâce à la cuisine – activement soutenu par Be-linked et Sb Factory – qui faute d’aller à Berkeley s’est vu offrir la construction de son site internet et un suivi web par l’agence La Factoria.
La journée s’est tenue dans une ambiance joyeuse et exigeante et a été animée par des interventions de membres du secteur tels qu’Arnaud Poissonnier, fondateur de Babyloan, premier site européen de micro-crédit solidaire, ainsi que Caroline Delboy, membre de la team du Disco Soupe qui organise des sessions collectives d’épluchage de fruits et légumes rebuts ou invendus afin de confectionner des soupes, salades, jus de fruits qui sont ensuite redistribués gratuitement ou à prix libre.
Une journée porteuse d’espoir que j’achèverai sur une citation empruntée à un intervenant : « Seuls les gens assez fous pour imaginer changer le monde y parviennent[1] ».
Pauline Clauzel
17:20 Publié dans Entrepreneuriat social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/03/2013
De la vache à la chaussure, vers une responsabilité globale du fabriquant ?
Le 7 mars 2013, le groupe Eram annonçait par communiqué de presse avoir bien pris en compte les demandes de l’ONG Envol Vert et s’engageait, d’ici 2015, à ne plus utiliser de cuir issu d’élevages liés à la déforestation amazonienne. Dans un premier temps, il s’agira avant tout pour le premier fabricant de chaussures français de mener les audits adéquats auprès de ses fournisseurs pour permettre de déterminer l’origine des cuirs entrant dans la fabrication des chaussures et interdire ceux issus des élevages incriminés.
Quelle responsabilité de l’industrie de la chaussure dans la déforestation ?
Alors que l’élevage bovin est responsable de 65 % de la déforestation en Amazonie, le cuir est très clairement considéré par l’industrie de la chaussure comme un marché de conséquence puisque les élevages sont d’abord destinés à la vente de viande. Les peaux sont considérées comme des restes après exploitation des bovins par les firmes alimentaires. C’est pourquoi, selon Pierre Renaudin, président de la Fédération française de la chaussure (FFC), l’industrie ne s’est pas attaquée à ce problème car elle ne considère tout simplement la problématique de la déforestation en Amazonie comme faisant partie de sa responsabilité. Il précise que l’industrie se concentre aujourd’hui davantage sur les conséquences néfastes de l’usage de produits chimiques (acides, sels et métaux lourds) au cours du tannage du cuir.
Pour l’ONG Envol Vert qui annonce dans son récent rapport « Le cuir tanne la forêt » que 20 % de la valeur totale du bœuf pour les fermes brésiliennes provient de la vente des peaux[1], tandis que selon la Fédération française de la chaussure (FFC), la peau représente 4 à 5 % de la valeur économique de l'exploitation animale. Si les chiffres divergent, le questionnement derrière cette absence d’engagement reste intact : comment, en tant qu’entreprise, travailler sur sa responsabilité en cascade et de quelle manière les ONG parviennent-elles à faire prendre conscience aux industries de l’importance d’agir en tant que prescripteur sur l’ensemble de la chaîne de production d’un produit ?
Rappelons-nous le rapport de Greenpeace en 2006 Eating up the Amazon qui pointait alors du doigt Mac Donald, pour sa responsabilité dans les phénomènes de déforestation. L’ONG y dénonçait l’utilisation à grande échelle de soja, fourni par les géants de l’agriculture tels que Bunge et Cargill, nécessaire pour nourrir les poulets, transformés en nuggets.
Si la traçabilité de l’abattoir à la tannerie n’existe pas encore et parait aujourd’hui compliquée à mettre en place pour les marques et fabricants, certaines initiatives devraient prendre le pas et s’intéresser à de tels processus. Le Leather Working Group, seul groupe multi-acteurs de l’industrie du cuir (regroupant marques, distributeurs, tanneries, fournisseurs et experts techniques, mais pas d’ONG), qui développe un protocole d’audit environnemental, pourrait ainsi porter une réflexion sur la traçabilité des élevages, avant même le transport vers l’abattoir.
15:43 Publié dans Environnement, ONG, Relations ONG Entreprise | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cuir, industrie chaussure, déforestation amazonie, envol vert, greenpeace, chaîne de production
26/11/2012
Intra-innover ou comment redéfinir les contours de l’innovation sociale
Mercredi 21 novembre s’est tenue dans l’auditorium du Monde une première conférence sur le sujet de l’intrapreneuriat social, c’est-à-dire des projets d’innovation sociale, couvrant des domaines d’activité extrêmement divers (esthétique, insertion, micro-crédit...), et portés par des salariés dans leur propre entreprise. Une très bonne analyse en est livrée dans l’étude intitulée L’intrapreneuriat social : la nouvelle frontière de l’innovation sociale pour l’entreprise (co-rédigé par O. Baculard, A. Barthélémy, E. Lewis, et R. Slitine), disponible ici.
La gestion des ressources humaines est un aspect essentiel de l’émergence de telles pratiques en interne. Certes l’intrapreneuriat social couvre des projets avant tout personnels, conceptualisés et portés par un seul salarié. Cependant, il est intéressant de souligner dans quelle mesure ce type de projet est un facteur de cohésion et une opportunité pour susciter enthousiasme et implication de l’ensemble des collaborateurs en interne. C’est une des raisons avancées par les Directions de Ressources Humaines pour encourager ces initiatives. Or ce soutien est justement essentiel. Il peut prendre de multiples formes, les liens entre la structure qui salarie l’intrapreneur et la structure créée par l’intrapreneur étant définis de manière organique. Certains intrapreneurs choisissent d’affirmer leur indépendance afin d’éviter toute confusion vis-à-vis de ses partenaires. D’autres assument en assurant le développement de leur projet au cœur de leur entreprise (l’exemple de la micro-finance à l’international chez BNP Paribas est à cet égard le plus révélateur).
Gilles Martin, lui, a choisi de développer son projet de structure d’insertion avec le soutien de son entreprise, Tefal (filiale du groupe SEB), mais de manière indépendante. Il a ainsi créé en 2009 en Haute-Savoie, l’Entreprise d’Insertion de Rumily et de l’Albanais (Eidra), dont l’idée est simple : permettre à des personnes éloignées de l’emploi de retrouver un travail en leur proposant un débouché en lien avec les activités de Tefal : le reconditionnement de produits inutilisables. Malgré l’indépendance d’Eidra, cette initiative s’inscrit pleinement dans la stratégie du groupe puisqu’elle répond à la fois à sa volonté d’engagement en termes de création d’emplois dans un contexte de crise économique, et à son besoin de gestion des stocks de produits dits « obsolètes ». Le projet bénéficie d’un fort soutien en interne, à la fois de la part de l’équipe dirigeante (notamment la Direction des Ressources Humaines et la Fondation) et de la part des collaborateurs, qui par leur engagement bénévole (plusieurs salariés se sont impliqués spontanément dans le projet afin d’apporter des expertises complémentaires), permettent un transfert rapide et efficace des savoir-faire. En parallèle, Tefal se positionne comme prestataire d’Eidra, lui assurant un certain volume d’activité économique. Devant le succès de l’initiative et dans une volonté de pérenniser son modèle économique, Eidra a développé d’autres services inscrits dans le territoire, tels que le maraîchage bio et la conciergerie d’entreprises. C’est ainsi qu’en 3 ans 12 emplois pérennes ont été créés.
Camille Riebbels et Sarah Ertel
17:20 Publié dans Engagement associatif, Entrepreneuriat social, intrapreneuriat, ONG, Relations ONG Entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eidra, gilles martin, insertion


