16.04.2012
L’impact investing entre enthousiasme et perplexité
Rencontre Impact², organisée par le Comptoir de l’Innovation le 11 avril dernier : de nombreux projets BoP et social business sont présentés – mais quid de leurs financements ? Malgré le titre de l’événement, on reste sur sa faim sur ce sujet. Ces derniers temps, le buzz autour de l’impact investing s’amplifie sans que pour autant, les liens entre projets et acteurs de l’impact investing ne soient explicités.
S’il est aujourd’hui difficile d’estimer avec précision le poids financier de l’impact investing, la banque américaine JP Morgan anticipait dans une étude publiée en novembre 2010 que cette nouvelle classe d’actif pèserait près de 500 milliards de dollars à l’horizon 2016. Cet engouement est à replacer dans le contexte de la crise financière. Tirant les leçons des abus du monde de la finance qui l’ont accompagné ainsi que la déconnexion croissante entre les flux financiers et l’économie réelle, de plus en plus d’épargnants et d’investisseurs privés ou institutionnels s’interrogent sur l’utilité et l’impact social que pourrait avoir leur argent. Ainsi, d’après une enquête Opinion Way pour le Comptoir de l’innovation publiée en avril 2012, 60 % des Français seraient en effet intéressés par un produit bancaire permettant d’investir dans des entreprises sociales. Outre l’intérêt social de la démarche, Thierry Bogaty – Directeur général du centre d’analyse extra-financière Amundi – souligne que « les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont des entreprises à très faible risque ».
Malgré les chiffres optimistes et avantages annoncés, certains tempèrent l’enthousiasme ambiant : « on ne peut d’ores et déjà considérer les produits de l’impact investing comme des produits de diversification pour la finance classique », relativise Peter L. Scher, Vice-Président exécutif de JP Morgan Chase & Co.
En réalité, l’essor actuel de l’impact investing peut s’expliquer en grande partie par l’appel d’air que crée le développement de l’entrepreneuriat social : ces structures innovantes ont le vent en poupe mais manquent de ressources et de financements innovants et adaptés à leurs besoins afin de changer d’échelle.
Or les freins au développement de l’impact investing restent encore nombreux. Tout d’abord, il lui manque un cadre juridique et règlementaire encadrant son développement et sur lequel travaille notamment l’Union européenne. D’autre part, l’impact investing pâtit d’une offre encore restreinte en termes de produits financiers innovants, qu’il lui faut donc développer. Enfin, ce type d’investissement demeure encore méconnu des entrepreneurs et des investisseurs et souffre d’un manque de visibilité mais aussi de la méfiance culturelle dont certains investisseurs font preuve à l’égard d’une rentabilité mesurée à l’aune du social autant que de l’économique.
Afin de jouer un rôle majeur, l’impact investing doit donc relever ces défis et répondre au besoin d’intermédiation qui existe entre l’offre et la demande. Autrement dit, si les besoins de financements sont élevés chez les entrepreneurs sociaux et que les acteurs de la finance classique trouvent des difficultés à y répondre, c’est bien aux acteurs de l’impact investing que revient cette tâche. Par conséquent, le développement de véritables plateformes et de réseaux sont aujourd’hui nécessaires à sa généralisation. Enfin, la mesurabilité de l’impact social demeure une condition nécessaire à la formalisation et à la valorisation de ces actifs.
Pour comprendre quels sont les leviers qui permettront aux acteurs de l’impact investing d’accompagner le développement de l’entrepreneuriat social partout dans le monde, peut-être faudrait-il que les nombreux événements organisés autour de ce thème consacrent une part plus importante et transparente aux modèles de financement même des projets présentés : saisissons ces opportunités pour construire une réflexion collective appuyée sur des cas, des succès et des difficultés, concrets.
Nicolas Mann
11:34
Publié dans Entrepreneuriat social, Impact Investing, Relations ONG Entreprise |
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23.01.2012
Finir son MBA dans les townships !
Au cours des dernières années, la société civile a appelé le secteur privé à redéfinir son rôle dans la lutte contre la pauvreté et dans la société de manière plus générale. Chercheurs, universitaires, ONG, institutions internationales mais aussi dirigeants de grandes entreprises ont reconnu la nécessité d’une approche différente et novatrice de cette problématique, invitant le secteur privé à considérer les quatre milliards d’individus vivant dans la « relative pauvreté » (revenu inférieur à $3 000 par an en parité de pouvoir d’achat) et donc aux marges de l’économie formelle comme un marché potentiel. En effet, l’une des principales caractéristiques du marché à bas revenu demeure l’accessibilité limitée à un certain nombre de services et de produits comme les services bancaires, les transports, la communication ou encore l’énergie. Par ailleurs, ce marché représente un formidable atout de croissance potentielle pour les grands Groupes. Dans ce cadre, les initiatives d’élaboration de nouveaux business modèles dits du BOP –Base of the Pyramid- sont de plus en plus nombreuses au sein des grandes entreprises. Cela suppose par conséquent une réflexion sur le rôle de l’enseignement supérieur, pour prendre en compte ces évolutions et sensibiliser les futurs managers et dirigeants du secteur privé à ces thématiques. Mais comment exposer les étudiants de grandes écoles internationales de commerce ou d’ingénieur à ces sujets ?
Reciprocity, une entreprise de conseil sud-africaine, spécialisée sur les questions du BoP, a mis en place un programme destiné aux grandes universités internationales (University of Cape Town, Columbia, Kellogg University…) qui depuis 2009 a pour objectif de faire travailler leurs étudiants (en MBA ou en Master) par petits groupes avec un entrepreneur des townships du Cap en Afrique du Sud. Cette idée est née de deux observations : premièrement, une école de commerce ne peut continuer à ignorer le marché à bas revenu ni les besoins des personnes qui y vivent, deuxièmement il semble pertinent de considérer que la meilleure façon d’aborder ces sujets soit justement de travailler directement avec les entrepreneurs à bas revenus.
Ainsi ces étudiants en MBA, qui ont généralement un haut niveau d’expertise (ils ont souvent déjà cinq à quinze années d’expérience professionnelle dans le secteur privé), deviennent « consultants » auprès d’entrepreneurs du secteur informel comme par exemple un réparateur de frigidaires, un vendeur de fruits et légumes, une petite auto-école ou encore un responsable de salon de coiffure. Par groupes de cinq, ils analysent l’environnement de leur « client », le fonctionnement de son entreprise, ses procédures, sa concurrence, ses opportunités, ses ressources, ses défis… Les étudiants prennent ainsi conscience des difficultés auxquelles les entrepreneurs à bas revenu font face dans un pays émergeant. Le professeur, somme toute, n’est autre que l’entrepreneur !
À la fin de la période de six semaines, ils soumettent à l’entrepreneur leurs recommandations, accompagnées d’un plan définissant la mise en œuvre de celles-ci. Afin de pallier aux lacunes en termes de comptabilité, fréquentes chez ces entrepreneurs, les étudiants proposent des méthodes simples permettant de tenir la comptabilité, de calculer le profit ou d’établir les prix. Ainsi, pour Simphiwe, qui gère une entreprise de broderie et ignorait le profit qu’il réalisait pour chaque commande qu’il recevait, les étudiants ont fourni un outil permettant d’établir un prix pour chaque commande, lui garantissant un profit de 40%. Les conseils peuvent concerner le marketing, le lieu de commercialisation, le management des employés, la gestion des stocks, le choix des fournisseurs, les investissements stratégiques, les partenariats, ou encore l’obtention de certifications. Dans tous les cas, les étudiants s’appliquent à définir une orientation stratégique dans le temps. L’entrepreneur bénéficie ainsi du savoir d’étudiants qualifiés et d’une expertise de haut niveau. Les résultats sont bien évidemment variables mais généralement très positifs. Les entrepreneurs, pour la plupart, se disent agréablement surpris et estiment avoir appris beaucoup. Marie Louise, par exemple, qui vend des bijoux de production artisanale a doublé son chiffre d’affaires grâce à la mise en place des recommandations des étudiants. Elle dirigeait à la fois une entreprise de vente en gros et un stand de vente au détail. Les étudiants ont réalisé que son activité de grossiste concurrençait directement son entreprise de vente au détail et avait des coûts très élevés. Ils lui ont donc proposé de fermer son entreprise de grossiste et de se concentrer sur son stand de vente au détail et sur les produits qu’elle importe du Mozambique et du Congo. Désormais, elle est la seule à vendre ces produits et ne les revend pas à ses concurrents, elle évite donc toute concurrence des prix avec ces derniers. Il en a résulté une formidable augmentation de son chiffre d’affaires et une réduction de ses coûts.
Néanmoins, ce programme aspire à jouer un rôle plus vaste. En effet, il ne s’agit pas ici de mission de volontariat ou de bénévolat mais bien d’exposer des étudiants en fin de cursus aux enjeux et défis que présentent le secteur informel et à bas revenu en général. Ces étudiants en master ou MBA peuvent avoir des profils aussi variés que juriste ou ingénieur et exercer des métiers aussi différents que l’audit, le marketing, le conseil ou la finance de marché. L’idée, à long terme, est donc bien d’inciter ces futurs managers ou leaders du secteur privé à considérer le rôle de facilitateur que les grandes entreprises peuvent jouer pour des entrepreneurs à la base de la pyramide et le potentiel en termes d’innovation et de création de valeur à mettre en place des projets de ce type. Qu’il s’agisse de solliciter les départements de la R&D, des ventes, du marketing, des achats ou de la logistique, l’entreprise doit se pencher sur la façon de développer des nouveaux business modèles pour le marché à bas revenu et cela passe sans aucun doute par une formation concrète des étudiants à ces thématiques.
Nicolas Mann
16:35
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05.01.2012
12 vœux pour 2012 !
À une époque de l’année où les vœux et les bonnes résolutions fourmillent, voici nos vœux pour l’année 2012 ! Nous souhaitons :
- Que les entreprises passent d’une logique de mécénat traditionnel à une logique d’impact social
- Que plus d’entreprises à travers le monde réalisent que les ONG sont une fabuleuse source d’innovation et créent avec elles davantage de partenariats stratégiques
- Que les ONG soient plus créatives : pour proposer des partenariats originaux aux entreprises, leviers majeurs de changement, ou pour imaginer des nouveaux business modèles pour aller vers l’autonomie financière de certaines de leurs activités
- Que les entreprises intègrent de plus en plus les ONG dans leurs processus de décision, car la prise en compte de la vision de ces dernières est un facteur de pérennité
- Que les entreprises considèrent davantage leurs relations aux organisations de la société civile comme stratégiques et créent de nouvelles synergies en interne pour leur gestion (échelon local et corporate, fonctions RH, communication, stratégie, R&D, RSE, DD…)
- Que des ONG et des entrepreneurs sociaux trouvent leur place à côté des fournisseurs traditionnels dans la chaîne de création de valeur des entreprises, pour créer davantage de valeur partagée
- Que les ONG passent d’une logique de concurrence à une logique de partage avec les autres ONG, pour améliorer collectivement leurs pratiques
- Que les entreprises comme les ONG admettent que l’évaluation d’une relation de partenariat est un outil de pilotage incontournable et qu’il faut y consacrer du temps et des ressources pour en tirer les bons enseignements et avancer
- Que lors du Forum Mondial de l’Eau, les participants, conjointement avec les acteurs de la société civile, s’accordent sur des solutions concrètes pour que le droit universel à l’eau et à l’assainissement, reconnu en 2010 par l’ONU, devienne une réalité pour tous
- Que 2012 en tant qu’Année internationale de l’énergie durable pour tous, soit une année durant laquelle pouvoirs publics et parties prenantes du secteur énergétiques développent des solutions permettant l’accès à une énergie durable pour le milliard et demi de personnes qui en sont aujourd’hui dépourvues
- Que RIO+20 soit réellement un événement où société civile, entreprises et acteurs publics du monde entier se rencontrent, s’écoutent, et se mettent d’accord sur des décisions ambitieuses pour engager des mutations d’ampleur, afin que les OMD soient atteints en 2015
- ... Enfin nous souhaitons que 2012 soit une année encore plus riche en innovations et en solutions pour répondre aux nombreux défis que la crise sociale et environnementale aggrave.
Toute l'équipe de Be-linked : Anne-Julie, Juliette, Marie, Marine, Krisztina, Sarah, Violette et Jérôme
10:09
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| Tags : 2012, rio+20, forum de l'eau, voeux |
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