17.10.2011

Les ONG, des « prestataires » pas comme les autres

Si la pratique du mécénat fait depuis longtemps partie du paysage des entreprises, elle a néanmoins beaucoup évolué depuis quelques années. Les usages de la philanthropie se sont transformés et les entreprises font dorénavant appel aux ONG dans l’optique de répondre à un besoin précisément identifié, comme la valorisation d’une politique RSE ou d’un produit, la médiation dans un conflit, l’aide à la mise en place de filières d’approvisionnement responsables, la sensibilisation des collaborateurs, ou encore, l’association stratégique dans la co-création de social business. La demande du secteur privé, encore balbutiante et répondant souvent à des situations de crise ou d’urgence il y quelques années, s’est donc renforcée et dans certains cas structurée au sein de directions dédiées : chez les entreprises, comme chez les ONG, des fonctions consacrées à la gestion des partenariats ont vu le jour.

Ces évolutions ont des conséquences majeures pour l’accès aux financements. Les acteurs du secteur associatif sont de plus en plus mis en concurrence afin de répondre aux cahiers des charges des entreprises en matière de collaborations et les ONG sont de plus en plus abordées par ces dernières comme des « prestataires de services », invités à répondre à des appels d’offre. Or le temps et les ressources humaines mis à disposition pour répondre à de telles demandes sont souvent conséquents par rapport aux capacités des organisations, qui n’ont par ailleurs aucune garantie que le travail fourni aboutira à une réponse favorable. De manière contradictoire, les entreprises, souvent très exigeantes sur la qualité des réponses aux appels d’offres – qui s’apparentent aujourd’hui quasiment à des prestations d’agence – préfèrent encore souvent travailler avec des structures « à taille humaine », qui de ce fait ne disposent  pas encore des moyens nécessaires à la professionnalisation de leur relation aux entreprises.

Le modèle qui a cours en ce moment semble donc peu favorable à l’instauration de relations équilibrées pour tous les acteurs en jeu. D’autant plus que ces évolutions prennent place dans un contexte dans lequel les ONG peinent à financer leur fonctionnement (salaires, outils de prospection et de renforcement de la stratégie) face aux exigences croissantes des entreprises et des bailleurs de fonds publics qui souhaitent dédier leurs financements essentiellement aux projets et programmes. Cela constitue l’enjeu majeur auquel l’ensemble du secteur associatif devra répondre par l’innovation, en y associant ces autres acteurs.

Une remise à plat du rapport entre ONG et secteur privé semble donc nécessaire dans le cadre de ces « appels d’offres/appels à projets ». Parmi les idées à développer, les entreprises pourraient s’engager à faire un don aux associations sollicitées pour répondre, même si celles-ci ne sont pas retenues pour une collaboration. Cette somme pourrait alors servir à financer en priorité le renforcement des capacités de l’ONG. La stratégie gagnant-gagnant, qui est celle de la plupart des partenariats, s’appliquerait ainsi également à la phase de recherche de partenaires par des entreprises.

Pour aller plus loin, il est possible d’imaginer que dans les conventions de partenariat, un certain montant soit réservé au développement d’outils internes de l’ONG. Il serait ainsi possible d’améliorer par exemple les capacités de recherche de fonds des ONG, indispensables aux financements de leurs activités.

Car, rappelons-le, les ONG disposant des meilleurs programmes ne peuvent rien sans une bonne politique de financement...

 

Coline de Georges, Sarah Ertel, Krisztina Tora et Juliette Van Wassenhove

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