07.12.2011

David contre Goliath

Au lendemain de l’annulation par le conseil d’État de la suspension de culture du maïs OGM de Monsanto en France, le débat se ravive. Les OGM déjà bien (im)plantés en Amérique du Nord et dans des régions d’Amérique Latine et d’Asie, tentent de se faire une place en Europe. L’enjeu est de taille : avec ces organismes, a priori, pas de retour en arrière possible, cette décision – dont les effets en termes d’impact sur la santé publique ne sont pas encore déterminés – engagera les générations à venir. Mais sans traiter ici de la dangerosité avérée ou non des OGM, parlons plutôt des forces en présence dans ce conflit.

Du côté pro, il y a le géant Monsanto, super-leader des organismes génétiquement modifiés qui se targue d’aider les paysans du monde à « produire des aliments plus sains tout en réduisant l’impact de l’agriculture sur l’environnement »[1], et voit en ces organismes une possibilité de lutter contre la faim dans le monde ; et des scientifiques qui se passionnent pour ces avancées et le contrôle que l’homme peut avoir sur la nature pour la perfectionner.

Du côté contre, la population – avec le souvenir de la menace de la vache folle et de la maladie de  Creutzfeldt-Jacob – qui ne veut plus que ces scientifiques « apprentis-sorciers » jouent avec leur santé ; et de nombreuses associations qui réclament des études indépendantes qui prouveront ou non la dangerosité des organismes potentiellement semés sur leur territoire. Une partie de la société civile dépeint Monsanto comme une entreprise criminelle qui falsifie les études et recherche un profit financier toujours plus grand sans se soucier de la santé publique. Sa certitude : Monsanto a dissimulé la toxicité des produits qui ont fait sa fortune[2], et la probabilité de récidive est trop importante pour ne pas s’engager.

Au centre, l’État français est tiraillé entre l’opinion publique et les intérêts financiers que représente ce géant de la biotechnologie. Jeremy Rifkin, essayiste américain, spécialiste de prospective économique et scientifique a déclaré n’avoir « jamais vu une société qui ait une influence aussi déterminante et à un niveau aussi élevé sur les autorités gouvernementales en charge de la réglementation que Monsanto avec ses OGM »[3]. L’État français, qui en 2008 s’était rangé du côté de la société civile, peut émettre une nouvelle interdiction, mais en ces temps pré-électoraux, il n’osera peut-être pas se positionner d’un côté ou de l’autre.

Dans notre société française à la fois démocratique et capitaliste, il sera intéressant de voir quelle force l’emportera. Affaire à suivre...

Anne-Julie Beuscart



[1] Voir la présentation de Monsanto sur l’onglet accueil du site internet :  http://www.monsanto.fr/

[2] Monsanto a été condamné en France en 2007 pour publicité mensongère pour son produit phare Roundup et d’autres cas ont été exposés dans le monde selon Monsanto, de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, Marie-Dominique Robin, La Découverte, Arte Editions, 2008.

[3]Pour approfondir, voir : Le siècle Biotech, le commerce des gènes dans le meilleur des mondes, Jeremy Rifkin, 1998, La découverte, ainsi que le livre de Marie-Monique Robin.

 

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