26/11/2012

Intra-innover ou comment redéfinir les contours de l’innovation sociale

Mercredi 21 novembre s’est tenue dans l’auditorium du Monde une première conférence sur le sujet de l’intrapreneuriat social, c’est-à-dire des projets d’innovation sociale, couvrant des domaines d’activité extrêmement divers (esthétique, insertion, micro-crédit...), et portés par des salariés dans leur propre entreprise. Une très bonne analyse en est livrée dans l’étude intitulée L’intrapreneuriat social : la nouvelle frontière de l’innovation sociale pour l’entreprise (co-rédigé par O. Baculard, A. Barthélémy, E. Lewis, et R. Slitine), disponible ici.

La gestion des ressources humaines est un aspect essentiel de l’émergence de telles pratiques en interne. Certes l’intrapreneuriat social couvre des projets avant tout personnels, conceptualisés et portés par un seul salarié. Cependant, il est intéressant de souligner dans quelle mesure ce type de projet est un facteur de cohésion et une opportunité pour susciter enthousiasme et implication de l’ensemble des collaborateurs en interne. C’est une des raisons avancées par les Directions de Ressources Humaines pour encourager ces initiatives. Or ce soutien est justement essentiel. Il peut prendre de multiples formes, les liens entre la structure qui salarie l’intrapreneur et la structure créée par l’intrapreneur étant définis de manière organique. Certains intrapreneurs choisissent d’affirmer leur indépendance afin d’éviter toute confusion vis-à-vis de ses partenaires. D’autres assument en assurant le développement de leur projet au cœur de leur entreprise (l’exemple de la micro-finance à l’international chez BNP Paribas est à cet égard le plus révélateur).

Gilles Martin, lui, a choisi de développer son projet de structure d’insertion avec le soutien de son entreprise, Tefal (filiale du groupe SEB), mais de manière indépendante. Il a ainsi créé en 2009 en Haute-Savoie, l’Entreprise d’Insertion de Rumily et de l’Albanais (Eidra), dont l’idée est simple : permettre à des personnes éloignées de l’emploi de retrouver un travail en leur proposant un débouché en lien avec les activités de Tefal : le reconditionnement de produits inutilisables. Malgré l’indépendance d’Eidra, cette initiative s’inscrit pleinement dans la stratégie du groupe puisqu’elle répond à la fois à sa volonté d’engagement en termes de création d’emplois dans un contexte de crise économique, et à son besoin de gestion des stocks de produits dits « obsolètes ». Le projet bénéficie d’un fort soutien en interne, à la fois de la part de l’équipe dirigeante (notamment la Direction des Ressources Humaines et la Fondation) et de la part des collaborateurs, qui par leur engagement bénévole (plusieurs salariés se sont impliqués spontanément dans le projet afin d’apporter des expertises complémentaires), permettent un transfert rapide et efficace des savoir-faire. En parallèle, Tefal se positionne comme prestataire d’Eidra, lui assurant un certain volume d’activité économique. Devant le succès de l’initiative et dans une volonté de pérenniser son modèle économique, Eidra a développé d’autres services inscrits dans le territoire, tels que le maraîchage bio et la conciergerie d’entreprises. C’est ainsi qu’en 3 ans 12 emplois pérennes ont été créés.

Camille Riebbels et Sarah Ertel

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